Sakamoto entre temples et sanctuaires

Parfois on a besoin de quitter l’effervescence touristique de Kyōto. Lors de ma précédente venue dans la région, mes amis kyotoïtes ont préféré m’emmener hors de la ville. Otsu était une solution facilement accessible en transport en commun. Mais contrairement à ce que les plaques d’égouts représentatifs de la ville peuvent faire penser, je ne vous emmène pas au bord de l’eau mais au pied du Mont Hiei à Sakamoto.

La ville est plutôt harmonieuse avec ses jolis murs en pierres non-taillées. Une technique maîtrisée la guilde Anô-shû à qui on doit aussi les remparts des châteaux de Nagoya ou Himeji. Ces maîtres-maçons sont d’ailleurs originaires de Ana-no-Sato dans le district de … Sakamoto (ce sont donc des locaux)! Du fait de son importance architecturale, la région a d’ailleurs été désignée en 1997″District de préservation pour groupes de bâtiments traditionnels ».

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Pour autant, si vous n’aimez pas les temples, ne venez pas! Car Sakamoto s’est développé comme la ville-temple (monzen-machi) du Enryaku-ji et du sanctuaire Hiyoshi-taisha. On compte plus de 50 temples différents à Sakamoto avec les maisons des moines Satobô.

Sakamoto est l’endroit parfait pour observer la coexistence des temples et des sanctuaires, les dieux shinto et bouddhistes s’étant mêlés. Alors avec ce Petit Papier, je vais vous faire découvrir un exemplaire de chaque.

Saikyo-ji 西教寺

Notre première visite est pour le temple Saikyo-ji à la tête de la secte Tendai Shinsei. Le chemin pour y aller à pied depuis la gare n’est pas forcément instinctif mais le panorama est superbe! On monte sur les hauteurs, on serpente entre les rizières et les habitations, et surtout on a un joli panorama sur le lac Biwa situé en contrebas. Ce dernier est le plus grand des lacs d’eau douce du Japon au nord-est de l’ancienne capitale impériale.

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Arrivé à Saikyo-ji, la découverte commence sur la plus belle des manières dès le portique du temple passé. Des momijis forment un tunnel rougis des couleurs de l’automne. Les jolies couleurs, les murs en pierres donnent un beau caractère aux lieux.

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De chaque côté de la pente, on trouve des petits batiments habités pour les religieux. Ils ne sont pas visibles, mais pour la plupart on peut s’approcher de l’entrée pour observer leurs jardins.

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Le long de l’allée montant au pavillon principal sont aussi installés des lampions avec de drôles de dessins. J’ai notamment adoré celui-ci qui correspond bien à l’expression avoir la grosse-tête. S’agit-il de Fukurokuju (福禄寿), une des Sept Divinités du Bonheur dans la mythologie shintō, dieu de la richesse/de la longévité/de la virilité et de la sagesse?

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Le temple Saikyo-ji fut fondé au VIIème siècle par le prince Shôtoku avant de tomber en décrépitude. C’est en 1486 que le prince Shinsei organisa sa rénovation. Ce dernier s’était rendit compte qu’il n’y avait pas de méthode pour maintenir l’ordre social et donner la paix d’esprit au peuple, à l’exception des préceptes et de l’invocation. C’est notamment pour cela que ce temple est populaire pour avoir dispensé des enseignements à la fois à l’aristocratie, aux guerriers et au peuple sans distinctions.

En tant que lieu de pratique et préceptes bouddhiques, il est quotidiennement le théâtre d’innombrables prières. En effet, depuis l’époque de Muromachi (1336-1573), fusent les invocations du Bouddha et la récitation des préceptes bouddhistes. Selon la croyance, le fait de prier le Bouddha Amida mènerait à la Terre Pure. Shinsei aurait ainsi prononcé 60 000 fois par jour les mots Namu-Amidabutsu. En parallèle, sonne au Saikyo-ji, une cloche qui est frappée toutes les 10 invocations. On appelle cela Fudan-Nenbutsu (l’invocation constante) et Fudan-Nenbutsu no Kane (la cloche constante). C’est un peu le pendant du Mont Hiei avec sa flamme éternelle.

Dans l’enceinte du temple, il est possible de visiter le Hondo bâti en bois de zelkova avec sa statue de bouddha Jōchō (à qui on doit aussi celle du Byōdō-in à Kyōto). Entre bouddhas en pierre sculptés, panneaux peints… il y a de quoi voir. Le Kyakuden (pavillon des invités), de style Momoyama, a quant à lui été transféré depuis le château Fushimi de Kyōto il y a plus de 400 ans lorsqu’il a été démantelé.

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On peut noter la présence du tombeau de la famille d’Akechi Mitsuhide qui mena Oda Nobunaga à sa mort. Une manière de le remercier d’avoir restauré le temple après le siège du Mont Hiei?

En parlant tombeau, l’enceinte offre également une très belle vue sur le lac Biwa, notamment depuis les hauteurs du cimetière. Alors n’hésitez pas à grimper un peu!

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La croyance en ces lieux est que les dieux résident dans tout ce qui nous entoure (forêts, montagnes). Le Mont Hiei est donc une montagne sacrée car lieu de résidence des dieux. Il y a un réel symbolisme attaché à la nature.

On trouve dans l’enceinte du temple 4 jardins de styles différents dont un avec un étang représentant la forme du lac Biwa. Mais en période automnale, le regard est attiré par un décor plus naturel.

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Côté faune, à l’intérieur du temple principal, on peut aussi voir une statue de singe. Selon une légende, vers 1493, des prêtres-guerriers du Mont Hiei attaquèrent Sakamoto et le Saikyo-ji. Les guerriers trouvèrent l’enceinte vide et silencieuse à part le son d’une cloche venant du sanctuaire principal où ils découvrirent un singe chantant à la place du prêtre ( la récitation du nembutsu resta donc ininterrompue).

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Or les singes aux mains blanches seraient messager des dieux (Migawari-no-saru : singes protecteurs). Les guerriers voyant le primate auraient arrêté leur destruction. Et depuis la cloche sonne chaque jour.

 

Pour autant ce n’est pas le seul bestiaire que l’on retrouve sur place. En plus des oiseaux des armoiries Kamon (家紋) du temple ou des lions Shishi  唐獅子瓦, des onigawara avec leur visage de démons ornent le toit des temples. Ces tuiles fonctionnent comme un talisman car selon la croyance japonaise elles empêchent les mauvais esprits de pénétrer l’édifice. En effet les dieux descendraient sur terre en se posant sur la partie la plus élevée des temples. Ainsi, celle-ci est décorée afin d’accueillir les divinités et les onigawara sont mis en place pour protéger la place des dieux.

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Nous quitterons le temple sur une petite note humoristique avec ses statues bien expressives.

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Sanctuaire Hiyoshi Taisha

Après le Saikyo-ji, il ne nous faudra que 20 minutes à pied pour nous rendre dans un autre lieu important de Sakamoto, également situé au pied du Mont Hiei : le sanctuaire Hiyoshi Taisha dédié au culte de « Sanno-san » (le Dieu de la Montagne) et qui est à la tête des 3800 sanctuaires Hiyoshi-Hie-Sannō du pays. L’histoire de ce sanctuaire est longue, elle est d’ailleurs référencée dans le Kojiki («Chronique des faits anciens»), un des plus anciens recueils d’histoire écrit en 712.

Hiyoshi Taisha sert un peu d’amulette au Palais Impérial de Kyōto. Pourquoi? Car il est situé au nord-est de Kyōto, dans une direction malchanceuse selon la cosmologie traditionnelle japonaise Onmyōdō. La direction nord-est était appelée Omote-ki-mon, ce qui signifie « porte démon ». C’est donc pour protéger Kyōto de l’invasion de ces démons, de la magie, des désastres naturels et autres calamités que ce lieu est alors devenu un sanctuaire.

Comme dans la plupart des sanctuaires shintoïstes, nous sommes accueillis par un portail d’entrée marquant l’enceinte sacrée, symbole du passage du monde humain au spirituel. Mais celui-ci est un peu unique car contrairement aux torii myōjin que nous voyons habituellement, sa forme est différente avec ses deux linteaux supérieurs surmontés d’un pignon triangulaire. Il est appelé torii Sannō (山王鳥居) car il est surmonté du kanji de la montagne (山 : yama).

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Les dieux shinto du Mont Hiei était à l’origine gardés au sommet, mais comme les temples bouddhistes s’y sont développés à leur tour, les dieux ont été descendus au Hiyoshi Taisha. Après la construction du temple Enryaku-ji en 788, Hiyoshi Taisha est devenu le sanctuaire gardien de ce monastère. Mais comme les lieux prirent un fort pouvoir politique au fil de temps, Nobunaga Oda ordonna le siège du Mont Hiei pour détruire ce pouvoir en 1571 et Hiyoshi Taisha fut endommagé. Ce fut le successeur de Nobunaga, le croyant Hideyoshi Toyotomi, qui fut d’une grande aide pour reconstruire le hall principal en 1586.

Le site est très vert car on se promène sous le couvert des arbres également parcourus par un cours d’eau. Mais le rouge vermillon des sanctuaires apporte vite un contraste. En automne, on retrouve en plus les couleurs chaudes des momiji kaede qui sont superbement vis en valeur lors des illuminations nocturnes! Pas étonnant que la croyance en la vénération de la nature y soit forte.

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L’enceinte est vaste et il y a nombre de sanctuaires dans l’enceinte, mais deux sont plus importants : Higashi-Hongu (sanctuaire de l’Est) et Nishi-Hongu (sanctuaire de l’Ouest). Ils sont pour la plupart construits dans le style Hie-zukuri (日吉造). Un rare style architectural de sanctuaire shinto qui n’existe qu’ici au Hiyoshi-Taisha. Il se caractérise par son toit à forme caractéristique, des vérandas hisahi et sa stucture hirairi. Mais on retrouve d’autres éléments architecturaux comme la porte vermillon Nishi-hongû-rômon ou le pont en pierre Hiyoshi-sankyô.

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Higashi Hongu Honden

Comme au Saikyo-ji, on retrouve des animaux messagers : les singes Masaru, que l’on retrouve sous diverses formes dans l’enceinte du sanctuaire. Si vous observez bien la porte Nishi-hongu Romon, vous découvrirez aux 4 coins des sculptures en bois de singes  supportant le toit. Sur le chemin menant au Higashi-hongu, c’est une pierre ressemblant à un visage de singe que vous aurez affaire. Mais il y a aussi un vrai singe à l’air triste enfermé dans une cage … Dommage que ces animaux révérés soient mal considérés. Alors que juste à côté de la cage du singe se trouve un faux cheval blanc, on se demande pourquoi ne pas faire un faux singe également!

Hiyoshi Taisha est censé éloigné les mauvais esprits du fait de la déité Masaru. A l’origine il y avait de nombreux singes vivant au Mont Hiei et au fil du temps ils sont devenus des symboles éloignant les mauvais esprits, symboles de bonne chance, de protections et succès. Le mot masaru a d’ailleurs diverses significations : triompher, enlever une malédiction, être supérieur… Du coup les japonais associent les singes à un symbole de bonne chance. Par ailleurs, le sanctuaire attire aussi les visiteurs pour sa protection contre la malchance due à l’âge, pour une bonne vie dans une nouvelle maison, pour sauve protection lors d’un trajet lointain … On retrouve ainsi le singe sous forme d’ema ou d’omikuji pour contrer la malchance!

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Le lieu est aussi connu pour son festival du feu en avril ou le festival Sanno-Sai, l’un des trois plus grands festivals du lac Biwa, lors duquel 7 temples portatifs font chemin du temple, en ville jusqu’au lac Biwa.

Si vous vous sentez d’humeur aventureuse, vous pourrez prendre le sentier de randonner qui part depuis Hiyoshi Taisha jusqu’à l’Enryakuji. Cela nécessite 1h30, mais prévoyez quand même chaussures de marches et de l’eau. Personnellement je n’ai pas testé car le soleil commencait à se coucher.

L’avis des Petits Papiers

J’ai aimé cette balade loin de la foule déchaînée! Un panorama sur le lac Biwa, des momijis, ma couleur vermillon favorite… me voilà au bonheur. Si vous connaissez déjà Kyoto par coeur, c’est une belle excursion hors de l’ancienne capitale impériale. Et on peut même prolonger la balade en prenant le funiculaire qui relie la station Sakamoto à celle de l’Enryaku-ji.

J’avoue que visiter trop de temples n’est pas mon activité favorite mais couplée avec une balade à la « campagne » et surtout les couleurs automnales cela reste une belle sortie!

Les Petits Papiers Pratiques

Saikyo-ji

  • horaires : 9h-16h30
  • site web : http://www.saikyoji.org/
  • 7 minutes de bus Kojak depuis la gare JR Hieizan Sakamoto – Kosei Line (ou 30min de marche)
  • 4 minutes de bus depuis la gare Keihan Sakamoto (ou 25 min de marche)

 

Hiyoshi-taisha
  • horaires : 9h-16h30
  • admission : ¥300
  • site web : http://hiyoshitaisha.jp/
  • 7 minutes de bus depuis la gare JR Hieizan Sakamoto (ou 30min de marche)
  • 10 minutes de marche depuis la gare Keihan Sakamoto (terminus)

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