Ciel rouge à Kyoto

Il est parfois des moments magiques qui ne nécessitent ni génie ni lanterne. C’est le cas de la nature qui nous offre parfois des paysages inoubliables et des saisons… Toulouse-Lautrec disait « L’automne est le printemps de l’hiver« . Et bien au Japon, l’automne c’est tout à fait cela! On pourrait dire que c’est l’équivalent du hanami sous les sakuras mais cette fois sous les érables rougeoyant (le pic-nique en moins). 🍁

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En effet, les japonais sont absorbés par les changements de saisons et notamment par celui des couleurs automnales avec cette période où les arbres se parent de rouge et d’or. Cette beauté les japonais ont su en faire une fête, une contemplation de la beauté de la nature et de l’éphémérité de la vie (la chlorophylle se réduisant au fur et à mesure avant que les feuilles ne tombent).

L’occasion de (re)découvrir plusieurs termes :

  • momijigari (紅葉狩り littéralement « chasse aux feuilles rouges ») : contemplation du changement des couleurs
  • momiji (紅葉) : érable
  • kōyō (紅葉  « feuille rouge ») : désigne la feuille&le rougissement des feuilles

Parmi les espèces participant à ce joli tableau naturel, on retrouve en majorité l’érable japonais (feuillage variant sur des teintes allant du orange clair au rouge pourpre/vermillon) et le ginkgo biloba ou ichô 銀杏 (feuille dentée jaune orangée ou dorée).

Mais des deux, c’est l’érable qui est véritablement le symbole de l’automne. D’ailleurs le kanji 紅葉 désigne à la fois cet arbre mais aussi le kōyō (rougissement). Le ginkgo est un peu en minorité à Kyoto serait-ce parce que cet arbre est le symbole de Tokyo?

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Si on connaît surtout les sakuras (cerisiers printaniers), les momijis durent un peu plus longtemps et sont moins éphémère que leurs cousins. On a donc plus de chance de les observer. L’explosion de couleurs se déploie du nord d’Hokkaidō (vers mi-septembre), au sud vers Kyūshū (fin novembre). En altitude notamment dans les régions montagneuses, le phénomène débute plus tôt car les températures y sont plus basses. Toutefois le temps est plutôt doux, sans trop de pluie, parfait pour photographier les feuilles sous tous les angles.

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A Kyoto, le rougeoiement des feuilles est à son summum vers mi-fin novembre. C’est l’occasion de partir chasser les feuillages, de trouver LE meilleur endroit pour observer les arbres que se soit en ville ou en pleine nature. Une chasse pacifique qui a sa météo Kōyō Zensen (紅葉前線) pour suivre l’évolution du phénomène et les prévisions en fonction des régions.

Cette coutume populaire remontant à l’ère Heian (794-1185) s’est diffusée de l’aristocratie qui partait alors en excursion à la recherche des feuilles rouges, au commun du peuple à l’époque Edo (1603-1868). Elle aura inspirée nombre de poètes (haiku, Le dit du Genji), de peintres, couturiers et même des cuisiniers car il se mange en tempura ou en gâteau.

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Si vous souhaitez succomber vous aussi au charme de l’automne et ses couleurs, l’ancienne capitale impériale Kyoto possède de nombreux attraits … des temples et jardins offrant un spectacle à ciel ouvert et où l’on peut flâner sur les nombreux sentiers pour mieux s’imprégner de l’atmosphère. Que se soit à pied ou à vélo, profitez de ce cadeau de la nature.

De mon côté, je vais vous parler de deux lieux à Kyoto où j’ai succombé au momijigari et que je recommande !

Shojuraigousan Muryojuin Zenrin-ji – Eikan-dō (永観堂)

Au Nord-Est de la ville, au pied des monts Higashiyama se trouve une zone riche en temples et sanctuaires. Parmi ces derniers se trouve le temple bouddhiste Shōju-raigō-san  Muryōsu-in Zenrin-ji (« temple dans une forêt calme ») fondé en 856, plus connu sous le nom d’Eikan-dō.

Il tient son nom du prêtre Eikan (1033-1111) qui consacra sa vie aux démunis et bâtit même un hospice dans l’enceinte du temple (école Shongon puis Jōdo). Si Muryōsu-in signifie « temple de l’incommensurable fortune », les 3 trésors du temple sont :

  • la statue Mikaeri Amida Nyorai (« Amida regardant en arrière »), un bouddha qui doit son nom à la drôle de position de sa tête tournée par dessus son épaule.
  •  le rouleau Yamagoshi Amida, une peinture sur soie représentant Amida (nom japonais du bouddha Amitābha, popularisé par le bouddhisme de la Terre pure).
  • ses splendides jardins qui se révèlent sous les couleurs automnales.

Une des nombreuses belles images de ce temple, c’est l’étang Hōjō (放生池) avec son pont menant au petit îlot Benten Shima (弁天島) où se situe le Benten Sha (弁天社) un petit sanctuaire dédié à la déesse Benzaiten.

Un petit salon de thé (茶店, ocha mise) est situé face à l’étang. On trouve donc des visiteurs assis en train d’apprécier du thé, des douceurs locales tout en admirant tranquillement le paysage. Des érables rouges qui rappellent d’ailleurs les couleurs des tables et parasols.

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Les érables sont légions dans l’enceinte du temple, ils prennent progressivement les teintes de rouge, orange et doré de l’automne.

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Le temple est très grand et de nombreux arbres sont disséminés autour des chemins. Tordus, feuillus ou un peu moins garnis, tous participent à la féerie des lieux et à la mise en valeur des bâtiments. Le pavillon Amida-do (阿弥陀堂) arbore ainsi des décorations bouddhistes colorées qui s’intègrent harmonieusement avec les couleurs automnales.

Il y a divers pavillons à découvrir, une fontaine Suikinkustu ou le Garyūrō (臥龍廊) un corridor en bois dont la forme rappelle un dragon. Ses coursives et ses escaliers serpentent et relient plusieurs pavillons entre eux. Certains sont accessibles uniquement en chaussettes, les plus frileux prévoiront une paire supplémentaire pour éviter les pieds glacés.

Le spectacle n’est pas que le nez en l’air! Il est aussi sous nos pieds. D’un côté, un jardin sec (karesansui 枯山水) qui rappelle un autre élément : la pierre. De l’autre, des feuilles tombées forment un tapis jonchant le sol qui parfois contraste avec la couleur verte de la mousse. Humez l’odeur de sous-bois qui parfois se dégage. En fait tous nos sens sont occupés!

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L’Eikan-dō est un des spots les plus populaires de Kyoto pour la chasse aux Kōyō. Les japonais venus en nombre pour le momiji-gari font la chasse aux feuilles rougissantes. Le weekend et même certains jours de semaine, dès le matin, les nombreux visiteurs se pressent pour voir ce joli spectacle. Pas sur le gravier, clic-clic des appareils photos … le silence n’est pas tout à fait d’or! Mais au petit matin avec son lever de soleil, les couleurs automnales sont exacerbées inondant de lumière les feuilles et on oublie vite le reste.

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Au fond du jardin, une petite montée de marches permet d’atteindre la pagode Tahōtō qui surplombe Kyoto et offre un superbe panorama coloré sur la ville. La vue automnale est tellement fameuse que le temple porte le surnom de Momiji no Eikando (le temple aux érables rouges). Il faut dire qu’avec plus de 3000 érables, on dirait que la colline rougis de milles feux! Un bon moyen de combiner nature et découverte d’un nouveau temple.

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Ce temple déjà magnifique en journée, mais la nuit l’éclairage nocturne doit offrir une tout autre ambiance! J’ai regretté d’avoir un planning trop chargé pour en profiter.

S’il vous reste un peu de temps, juste à côté vous trouverez à 5 minutes à pied la porte San-Mon du Nanzen-ji joli précédée d’érables rougeoyant!

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Daigo-ji (醍醐寺)

Passon à un autre de mes coups de coeurs. Situé au sud-est de la ville, dans le quartier de Fushimi-ku, le Daigo-ji (874) est un temple bouddhiste important du courant Shingon. Au titre des « Monuments historiques de l’ancienne Kyoto » il est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco (1994). De plus il possède 18 trésors nationaux du Japon (dont le kondo (hall principal) et des œuvres d’art).

« Daigo » fait référence aux cinq périodes distinctes de l’enseignement du Bouddha en Inde, qui ont été comparées aux cinq types de lait produits dans ce pays. La forme la plus élevée étant « daigo » – l’essence ultime et la plus pure du lait.

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Tout commença en 874 quand un moine bouddhiste du nom de Shôbô (ou Rigen Daishi) construisit un ermitage au sommet de la montagne Daigo-san (醍醐山) où il aurait découvert une source d’eau magique. Mais ce sont les empereurs Daigo (897-930), Suzaku (930-946) et Murakami (946-967) qui contribuèrent à protéger et agrandir le complexe. D’ailleurs, l’empereur Atsuhito-shinnō malade abdiqua en 930 et se fit moine. A son décès, il sera enterré dans l’enceinte du temple Daigo-ji prenant son nom posthume d’empereur : Daigo-Tenno.

L’enceinte du temple est très grande et on peut la diviser en plusieurs espaces : le Kami et le Shimo Daigo.

  • La partie supérieur Kami Daigo est située au sommet de la montagne où il parait que par temps clair on peut même voir Osaka. Il faut environ 1h depuis le bas du chemin pour accéder à l’emplacement fondateur du temple, celui de la source magique, avant que celui-ci s’agrandisse. C’est un site religieux important car le Junteido conservant une image de la déesse Kannon est le 11ème lieu du pèlerinage Kansai Kannon. Mais on retrouve aussi d’autres bâtiments comme le Yakushido (avec une image de Yakushi Nyorai) ou le Godaido.
  • La partie basse Shimo Daigo comprend notamment une pagode, le hall Sakyamuni (926), le Bentendo hall (duquel part le chemin pour le Kami Daigo) et le Garan le complexe principal. Le musée Reihokan abrite quant à lui une collection d’art et de documents historiques mais aussi un jardin qui au printemps se parent de cerisiers roses.

Mais l’histoire a été tumultueuse et nombre de bâtiments furent détruits par le feu pendant la guerre d’Onin. La plupart des batiments actuels datent du XVIe siècle. On peut toutefois retrouver le style Momoyama dans les dorures des bâtiments, dans les arts décoratifs (fresques murales, mobilier). Un flamboiement qui est d’actualité en automne. Dans ce style on retrouve le Sanboin, la résidence du prêtre supérieur qui possède un superbe jardin.

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Le site comporte Goju-no-to, une immuable pagode à 4 étages (38 mètres de haut) qui est la plus vieille construction en bois de Kyoto (951). Elle aurait été construite pour consoler l’esprit du défunt empereur Daigo mais elle abrite aussi des mandalas. Haute de 38 mètres, elle aura survécu aux nombreux incendies et guerres (comme celle d’Ōnin en 1467). Mais d’autres bâtiments du Daigo-ji sont classés « Trésors Nationaux », ils ont donc leur importance!

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Depuis l’époque Heian, le Daigo-ji est souvent appelé le « temple des fleurs ». Pourquoi? Pour redonner sa splendeur d’antan au temple incendié pendant la guerre d’Onin, Toyotomi Hideyoshi (1537-1598) y organisa en 1598 un grand hanami qui permis de reconstruire les bâtiments endommagés : le Daigo no Hanami (醍醐の花見). Pour remémorer cet événement, une fête d’observation des cerisiers est organisée mi-avril chaque année.

Mais l’automne est aussi le meilleur moment pour découvrir ce temple! Comme l’Eikan-do, il se colore au gré des saisons et à l’automne les érables de son jardin rougissent créant un voile rouge.

Une des plus belles images automnale du Daigo-ji, c’est le Benten-dô (弁天堂) situé au fond du Shimo-Daigo. Ce petit pavillon vermillon est entouré par un étang et par de splendides érables flamboyants qui créent un paysage magnifique. Si vous aimez les couleurs vivifiantes, vous serez servis!

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Juste derrière débute la randonnée pour atteindre la partie supérieure du temple. J’en profite alors pour passer du rouge ou vert avec la mousse sous les arbres et le petit torrent qui coule entre les pierres. Mais lors de ma venue, l’accès était fermé.

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Du coup, je ne peux rester loin de ma couleur automnale préférée bien longtemps. A défaut de pouvoir faire l’ascension je me repose au bord de l’étang. Je regarde les japonais prendre la pose. Je profite des reflets dans l’eau : rouge des feuilles, rouge du pont… Le feuillage doré contraste avec le rouge profond des momijis. Bizarrement je me demande alors ce qu’y verrait un daltonien?

La visite du Daigo-ji est plutôt agréable et reposante. A part un léger bouchon pour prendre des photos sur le pont, le reste du temple est beaucoup moins bondé que l’Eikan-do.

L’avis des Petits Papiers de Mélo

Quoi dire à part que j’ai adoré ce spectacle naturel saisissant! C’est super de pouvoir se balader dans la nature ou au milieu des temples entourée d’une riche palette de couleurs chaudes. On se balade et on ramasse parfois les délicates petites feuilles dentelées qui ressemblent comme à une myriade d’étoiles. On lève la tête pour mieux observer la lumière à travers le feuillage.

On passe par tous ses états avec le changement de couleurs qui passe du vert au jaune, puis à l’ambre, à l’orange et au vermillon. On a la sensation d’être entouré d’or ou de feu ce qui contraste avec la solennité des temples même si le rouge vermillon des temples rappelle parfois celui des feuilles flamboyantes. Chacun rivalise de couleurs.

Une atmosphère unique dont on peut aussi profiter la nuit lors des illuminations nocturnes qui mettent le feuillage chamarré en valeur pour encore plus de magie. Mais attention au porte-monnaie le coût est plus élevé qu’en journée.

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A votre tour de profiter de la beauté de l’automne! Kyoto cache d’autres lieux favorables à ce spectacle éphémère de la nature, la liste est longue mais on peut citer notamment les nombreux temples et sanctuaires qui se parent de rouge et d’or chaque année (Kodaiji, Kiyozimu-dera, Nanzen-in, Tofuku-ji) et les quartiers bordés de montagnes comme celui d’Arashiyama. C’est l’occasion pour certains de sortir son kimono/yukata.

Mais attention il y a foule dans les sites connus. Il vaut mieux se lever tôt ou éviter le weekend bondé en privilégiant la semaine. Les visiteurs sont souvent concentrés dans les temples-jardins des grosses ville donc c’est aussi peut-être l’occasion de sortir des agglomérations pour faire des randonnées en montagne?

Personnellement c’est ma saison préférée. Car la météo est plutôt idéale et le ciel clément. Un peu comme un été indien! Mais il faut dire que je n’ai pas encore vu les cerisiers en fleurs, peut-être changerais-je d’avis? Pour l’instant les momijigari, c’est mon hanami d’automne à moi.

Les Petits Papiers pratiques

Eikando Zenrin-ji

  • Horaires : 9h-17h (dernière entrée à 16h00) / 17h30-21h pour la période des illuminations nocturnes
  • Frais d’entrée : ¥600 / ¥1000 pour illuminations
  • Transport : 3 minutes à pied depuis l’arrêt Nanzenji Eikando-michi (bus #5 gare JR Kyto en direction de Iwakura Soshajo-mae)
  • Site web : http://www.eikando.or.jp

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Daigo-ji

  • Horaires : 9h-17h (9-16h entre décembre et février)
  • Frais d’entrée : prix variant en fonction de la saison et de la partie basse ou haute visitée: entre ¥600 sauf entre Mars-Mai et ¥800 en Octobre-Decembre (bas du sanctuaire) et ¥15000 pour l’ensemble (Sanboin, Reihokan Garan). A noter que pour les nocturnes les frais d’admission sont de ¥1000.
  • Transport
    – bus Keihan « Yamashina Express » entre la gare de Kyoto et Daigoji (30min, 300yen).
    – train : arrêt station Daigo sur la ligne de métro Tozai et ensuite 10-15 min de marche ou bus n°4 (200yen) / bus 22-22A (220yen).
  • Site web : https://www.daigoji.or.jp/
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