Les dieux font la pluie à Ise

Après un court séjour dans les Alpes Japonaises, je quitte Matsumoto pour le Sud. Un long trajet m’attend pour rejoindre Ise-jingu, le berceau du shintoïsme : 4h de train pour rejoindre cette ville nichée aux confins de la préfecture de Mie. Ise est le lieu le plus sacré de la religion shintō que plus de 6 millions de personnes visitent chaque année pour vénérer la déesse Amaterasu.

Les dieux feraient-ils la pluie et le beau temps à Ise? En tout cas, ce sera ma pire journée pluie lors de ce voyage! Du coup, je ne garde pas forcément une impression positive de cette étape et mes photos ne rendront pas justice au lieu car mon appareil photo y a pris l’eau d’où le peu d’images!

Ise-jingu est en fait constitué de centaines de temples constitués en 2 grands sanctuaires : Gekū situé à Yamada et Naîkū situé à Uji. La coutume est de commencer par Gekū et de rejoindre ensuite Naîkū, comme le faisaient les pèlerins jadis. Ils sont séparés de 6km environ qu’on peut bien sûr pratiquer à pied. Mais sous la pluie battante, j’ai choisi de prendre le bus.

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Le temple extérieur Gekū

Le temple extérieur Gekū (外宮, ) est situé à moins de 10 minutes à pied de la gare. Il est dédié principalement à la déessse Toyouke no ōmikami (divinité de la nourriture, des habits et de la maison) d’où son autre nom : Toyouke Daijingu. 

En tant que kami de la nourriture, Toyouke no ōmikami est au service d’Amaterasu (la déesse solaire qui est la divinité principale d’Ise). Du coup, au sein du sanctuaire des cérémonies ont lieu deux fois par jours (matin/midi) pour offrir de la nourriture à Amaterasu.

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Je pénétre dans une forêt de cyprès où règne un certain silence que seul brise le son de la pluie et des pas des pèlerins sur le sentier en gravier. Certains personnes s’arrêtent pour récupérer l’énergie de ces arbres sacrés dont ils n’arrivent pas à faire le tour avec leurs bras vu la grosseur des troncs.

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Il y a divers sanctuaires secondaires, mais le sanctuaire principal est caché des clôtures. On peut s’approcher un peu mais les photos sont interdites pour des questions de respect. Les croyants s’attardent pour être purifié ou prier mais pour moi difficile de m’imprégnier des lieux.

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La particularité d’Ise, c’est que les bâtiments actuels datent de 2013. En fait, tous les 20 ans le sanctuaire est reconstruit traditionnellement juste à côté du site précédent de façon identique en suivant les instructions de reconstructions transmises dans un ensemble de textes datant du Xème siècle. Aujourd’hui sont les 62ème itérations.

Cette coutume se poursuit depuis le VIIème siècle, mais il y a eu quelques interruptions à cause de guerres ou de crises financières. Les représentations des dieux sont alors transférés de l’ancien sanctuaire au nouveau lors d’une cérémonie appelée shikinen sengū (式年遷). 

Vous me direz mais que font-ils des précédents bâtiments? Et bien, le bois récupéré est vendu aux pèlerins et est surtout expédié dans tout le Japon pour renforcer d’autres sanctuaires. Il sert aussi à construire le torii à l’entrée du sanctuaire.

Mais pourquoi ces reconstructions? On ne peut faire que des suppositions : gage de pureté, de renouveau ou d’éternité (nouveau mais toujours le même), moyen de garder les compétences&techniques des charpentiers… Pour certains ce serait aussi suivre l’ancienne tradition qui à la mort d’un empereur voulait qu’on change de palais, ou celle de démolir et reconstruire les vieilles maisons à grains dans l’Antiquité.

Oharai-machi et Okage Yokochô

Avant d’entrer au sanctuaire intérieur Naikū, je me rends dans le quartier commerçant situé à proximité : Oharai-machi. La rue est constituée de vieux bâtiments en bois de style Edo (1603-1868) représentatifs de l’architecture tsumairi. On y trouve nombre d’établissements : magasins de souvenirs et d’artisanat, restaurants ou cafés. Le produit typique d’Ise, c’est le mochi Akafuku. Ces gâteaux de riz peuvent notamment être appréciés avec du thé matcha.

Il y a aussi de belles façades donnant sur la rivière qu’on peut observer depuis les ponts du quartier. Oharai-machi doit être un lieu charmant quand il ne pleut pas d’autant plus que la rue est piétonne. Mais avec la pluie battante difficile de lever le nez en l’air pour mieux voir l’architecture et apprécier le quartier à sa juste valeur.

Je me réfugie dans le restaurant Yamada pour être quelques instants au chaud et remplir mon petit ventre. C’est un petit établissement mais les plats sont bons et cela me permet de déguster les spécialités de la ville : les Ise Udon et le Katsuo-chazuke (¥900). Miam! Ici les Udon sont encore plus épaisses que d’habitude!

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Au coeur de Oharai-machi, je découvre Okage Yokochô aussi nommé le quartier de la gratitude (Okage signifie reconnaissance/grâce). Contrairement à ce que je croyais, je découvre que les lieux ne datent que de 1993. Les habitants d’Ise et Akafuku (la pâtisserie des pèlerins), pour ranimer la zone et remercier le sanctuaire Ise-jingu pour leur succès, ont recréé en reconnaissance un quartier de la route Ise-ji de l’ère Edo jusqu’à la période Meiji où il ferait bon se promener. Personnellement, je trouve que c’est bien réalisé d’autant qu’ils ont respecté des méthodes de construction traditionnelles et que certains bâtiments anciens y ont été déplacés.

En ces lieux, vous êtes bienvenue au royaume des chats! On les retrouve partout et sous toutes les formes : en porte-bonheurs, en tablette votive, en sculpture placée devant l’entrée des boutiques… En effet littéralement, le maneki-neko est le « chat qui invite » (招き猫). Des félins cachés nous invitent d’ailleurs à les retrouver dans le quartier! On est d’ailleurs accueilli à l’entrée du quartier par un énorme maneki-neko en pierre. Et si vous êtes dans le coin le 29 septembre, ne loupez pas le festival qui rend hommage au maneki-neko.

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Sanctuaire Intérieur Naîkū

Le Naîkū (Kotaijingu), sanctuaire intérieur (IIIème siècle), est particulièrement dédié à la déesse du soleil Amaterasu Ômikami (天照, divinité mère de la religion la plus ancienne au Japon : le shintoisme). Si vous voulez en savoir plus sur cette déesse : jetez un oeil au papier de Joranne qui retranscrit si bien sa légende.

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Naîkū est le plus grand temple shintô qui lui est consacrée, par conséquence c’est un lieu hautement sacré qui accueille des milliers de pèlerins. On retrouve ces derniers représentés sur les plaques d’égouts de la ville.

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L’approche traditionnelle se fait par le pont en cyprès Uji qui enjambe la rivière sacrée Isuzu. Les pèlerins viennent purifier leurs corps et l’esprit dans l’eau fraîche. De quoi baigner dans l’ambiance. Mais avec un temps frais de novembre et la pluie, cela en a refroidi certains (et je ne parle pas que de moi)!

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Si Ise est le lieu le plus sacré, c’est aussi du fait de l’objet le plus vénéré à Naiku : le miroir sacré ancestral (Yata-no-Kagami). Avec l’épée (Kusanagi-no-Tsurugi) et le joyau (Yasakani-no-Magatama), il fait partie des trois trésors sacrés du Japon mais aussi des trois insignes de légitimité de la famille impériale qui leur aurait été transmis par la déesse Amaterasu. Le miroir qui aurait servi à sortir la déesse de la caverne où elle s’était enfermée emportant le soleil avec elle, symbolise notamment la sagesse. Mais le voir est un privilège réservé aux prêtres et à la famille impériale!

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Amaterasu sortant de la caverne (Utagawa Toyokuni III, Kunisada)

Selon la légende, le prince impérial Yamatohime aurait choisi le site présent le long de l’Isuzu en amenant le miroir (symbole du pouvoir de la déesse) pour que celle-ci réside à Ise pour l’éternité. Le lien est donc fort entre Ise et la famille impériale, à tel point que dans les temps anciens les princesses non mariées devenaient prêtresses au sanctuaire d’Ise dédié à la déesse.

Comme pour le Gekū, on ne peut pas se rendre partout. Etant dans une place sainte, la visite est en partie réglementée et les photos strictement interdites au delà des palissades en bois. Les lieux sont sacrés donc les simples touristes sont tenus à distance (ce que je trouve normal pour des questions de respect et dont j’avais connaissance). Du coup, on ne voit que certains bouts des toits de chaume des bâtiments au-dessus des murs.

Il y a plein de sanctuaires mineurs comme le Aramatsuri-no-Miya, Kazahinomi-no-Miya (consacré au dieu de la pluie et du vent) ou Koyasu (pour la protection des enfants et des accouchements) mais la visite ultime pour tout pèlerin est le Shogu. Entouré de 5 clôtures, c’est le lieu où est consacrée la déesse Amaterasu, progénitrice et ancêtre de la famille impériale.

On vient donc y prier pour le bien-être de la nation, chercher fortune, assister à des cérémonies de purification ou de nourriture. Il y a plus de 1500 cérémonies par an souvent en lien avec nature. Lors de la cérémonie la plus importante, Kannammesai (mi-octobre), les premiers grains de riz récoltés sont offert à Amaterasu par un représentant de la maison impériale.

L’architecture en hinoke (cyprès) semble respecter le style le plus pur et simple de l’architecture shinto. Apparemment c’est basé sur la structure traditionnelle des entrepôts de riz avec toit en chaume, bois non peint. Perso, même si j’ai apprécié la beauté naturelle des bâtiments en cyprès j’ai trouvé les lieux plutôt austères. Mais c’est sûrement dû au temps maussade qui rendait les lieux gris et au fait que je sois trop habituée aux temples vermillons.

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L’avis des Petits Papiers

Ise se visite idéalement en une journée, sans se presser on peut visiter les deux sanctuaires intérieur et extérieur, les rues commerçantes et même les rochers mariés dont je parlerais dans un autre papier. Mais si jamais vous êtes pressés vous pouvez faire le sanctuaire intérieur qui est plus grand et plus sacré que le sanctuaire intérieur. Comme l’architecture est la même sur les deux sites, ils sont donc assez semblables.

Ise est un lieu dont on sent qu’il est unique avec ses vénérables sanctuaires où l’on peut se recueillir même si on n’est pas shinto. L’atmosphère est assez solennelle, donc on vient ici plus pour découvrir un site sacré, pour la foi plutôt que pour des bâtiments. Du fait de la pluie, j’avoue que ce n’est pas le site religieux que j’ai le plus préféré notamment car cela manque du charme de l’ancien, mais j’ai apprécié la quiétude et la sérénité qui s’y dégageait.

Les Petits Papiers Pratiques

Train JR entre Nagoya et Ise (station Iseshi) : 90 minutes

Rejoindre le sanctuaire extérieur : 10 minutes à pied depuis la gare principale Iseshi

Rejoindre le sanctuaire intérieur : bus depuis la gare ou depuis le sanctuaire extérieur Geku. Descendre à l’arrêt Jingukaikanmae.

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2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. LoveKimu dit :

    Merci pour l’article 🙂
    C’est vraiment un endroit que j’adorerais visiter ! Même si certaines bâtisses ne sont pas accessibles (ça se comprend), il doit y avoir une ambiance très particulière qui se dégage de cette visite…

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    1. Les Petits Papiers de Mélo dit :

      C’est différent de ce que l’on a l’habitude de voir. Et les impressions sont différentes en fonction des visiteurs.^-^
      Autant j’ai aimé les quartiers tradi et les rochers mariés à côté de Ise, autant les sanctuaires m’ont laissé un avis mitigé. Mais cela est surement du au temps maussade…

      J'aime

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