Takayama Matsuri, lumière dans la nuit

En octobre, il est des lueurs dans la nuit qui méritent le détour. Ces lueurs, ce sont celles du Takayama Matsuri (高山 祭 り).

Je vous emmène donc à Tayakama (préfecture de Gifu), une ville située dans le centre de Honshu, porte d’entrée des Alpes Japonaises. La ville bordée de rivières est connue pour ses quartiers historiques préservés d’ère Edo, pour son charme traditionnel et son festival qui met à l’honneur les coutumes locales…

 

Le masturi de Takayama est considéré comme l’un des trois plus beaux et réputés du Japon (avec le Chichibu Yomatsuri de Saitama et le Gion Matsuri de Kyoto …..). Il est bisannuel, donc on a 2 fois plus de chance de pouvoir y assister et en olus il s’étend sur 2 jours :

  • au printemps (14/15 avril) : Sannô Matsuri, autour du Hie-jinja (partie sud de la vieille ville).
  • ou en automne (9/10 octobre) : Hachiman/Yahata Matsuri, autour du Sakurayama Hachimangû (partie nord de la vieille ville).

A vous de choisir ! Globalement, seuls les sanctuaires et mikoshi, les emplacements liés aux festivités changent. À noter que les chars ne sont pas les mêmes entre le printemps et l’automne. Mais quelle que soit la période, on y trouve des processions de chars, de la musique et de la danse folklorique. Au printemps, on peut notamment voir les chars traverser le pont vermillon Nakabashi sur fond de cerisiers. Mais moi j’ai assisté au festival d’automne qui célèbre les bonnes récoltes et la venue de l’automne après un été caniculaire. Il se déroule principalement dans la zone Shimomachi, au nord de la rue Yasukawa.

Les stars du festival, ce sont les yatai : d’impressionnants chars à plusieurs étages (entre 2-4 mètres) finement décorés. En automne, ils sont au nombre de 11 (et bien différents de ceux du printemps). Ils sont le fruit d’un vrai travail artistique qui démontre la qualité des artisans de la ville. On y trouve des lanternes en papiers, des décors en bois sculptés, des draperies en soies, des broderies, des ornements en laque et dorure…. C’est superbe! Ils sont parfois surmontés par des formes animales comme le phoenix. Chaque char à sa propre décoration, son propre style qui représente son quartier. Ces oeuvres d’art font la part belle au savoir-faire des artisans (Hida no Takumi) de la région spécialisés notamment en charpentes….

takayamamatsuri6-1

C’est sûrement tout cela, cette tradition datant du XVIIème siècle qui leur aura valu d’être désigné Bien Culturel du Japon et Biens Intangible Unesco. Contrairement à ce que j’ai pu observer en France, les chars ne sont pas renouvelés chaque année. Ils sont en fait transmis de générations en génération et conservés par les Yatai Gumi. Ils sont assez similaires au style de Kyoto pendant la période Momoyama. Kyoto où l’expertise des artisans de Takayama était utilisée pour la construction de temples.

Comme ils sont présentés dans les rues de la ville, parfois alignés, pendant la journée on peut les observer de plus près. Mais attention on ne touche pas et ne monte pas dessus!

Au détour des rues, je tombe sur de grandes portes ouvertes. Me voici devant quelques uns des hangars à yatai. Cela donne un aperçu de la taille des chars! C’est ici que vous les trouverez en cas de mauvais temps (si les parades sont annulées). Si la plupart sont vides à part des offrandes (les yatai étant en vadrouille dans la ville), certains sont encore occupés, animés par des musiciens.

takayamamatsuri4
Hangar du KYUHOHSA
takayamamatsuri5
Hangars du JIMMATAI (à gauche) – du DAIHACHITAI (à droite)

L’apothéose de ce festival, c’est le Yoimaturi : le festival nocturne, qui a lieu uniquement le soir du 1er jour. Quand le ciel se voile et que l’obscurité tombe, la magie commence à opérer. Il faut s’installer avant l’heure pour espérer avoir de la place car le festival est réputé! Pour moi, ce sera au niveau d’un carrefour stratégique cerné de vieilles maisons (avec des paparazzis menus de téléobjectifs au balcon).

Un peu de patience et au bout d’un moment le silence se fait. On entend des bruits qui approchent. L’excitation monte… On entend d’abord de la flûte, des tambours qui annoncent une arrivée imminente. Ce sont des danseurs Shishimai qui réalisent la danse du lion. Ils vont par pairs, un pour manipuler le masque représentant la tête du lion, et un autre pour le corps. Si comme moi, vous êtes au bord de la route c’est d’autant plus impressionnant quand ils s’approchent et claquent la gueule du lion juste devant votre tête.

Puis viennent des personnages en costume d’époque XVe (kimono traditionnel, hakama, chapeau conique) qui escortent les vraies stars de la soirée. Le premier char apparaît enfin avec des centaines de lanternes de papier illuminées. Quel contraste entre ces loupiotes et la nuit !  Quelle atmosphère! C’est presque comme un songe d’une nuit d’été (ou plutôt d’automne).

takayamamatsuri2-1

Les yatai sont tractés à travers les rues de la vieille ville par des hommes. Heureusement pour eux, ce sont des chars montés sur roues ! Pour autant, négocier les virages est tout un art qui nécessite force de cris et d’agilité. Comme les rues ne sont pas larges, les yatais se suivent un derrière l’autre, telle une file ce qui créé une belle perspective.

 

Le fait d’être dans un croisement permet de les voir être manipulés, tournés… C’est là que je m’aperçois quand fait les étages supérieurs ne sont pas vides. On y trouve généralement des enfants qui jouent de la musique ou chantent derrière les lanternes qui se balancent au vent. On comprend mieux que les chars sont d’autant plus lourds, d’où les cris de ces messieurs.

takayamamatsuri1-1

Comme tout matsuri qui se mérite, les animations se poursuivent aussi par les petits stands alignés dans les rues qui vendent des takoyakis (boulette de pouple), des okonomiyaki, des pommes d’amours de toutes les couleurs ou des sucettes Hello Kitty/Pikachu… C’est très animé, et dès la parade nocturne terminée, tout le monde s’y presse pour prendre du bon temps.

takayamamatsuri3-1

J’ai surtout assisté à la parade nocturne YOIMATSURI (festival de nuit), mais sachez qu’il existe d’autres événements phares dans la journée.

> Présentation des chars Yatai (sur les 2 jours, horaires variables) en divers emplacements : enceinte du sanctaire Hachimangû, rue Omotesandô, le long de la rivière Enakogawa ou devant chaque hangar de char.

> Parade de 4 chars dans la ville (seulement l’après-midi du 9 en automne)

> Procession Goshinko / Ojunkô (sur les 2 jours) : participants en tenues traditionnelles (comme le kamishimo, costume de samourai) escortent un mikoshi (temple portatif). Ce mikoshi contient un kami, Hachiman-sama, la déité consacrée du sanctuaire, qui quitte uniquement son enceinte pendant le festival. S’ajoute aussi des danses de lions Shishimai, un défilé de Tôkeiraku où des sonneurs de cloches (et batteurs de tambours) portent des costumes ornés de coqs et de chapeaux à plumes d’oiseaux.

> D’agiles marionnettistes actionnent un jeu de marionnettes Karakuri dans l’enceinte du sanctuaire (2 fois par jours sur les 2 jours). Comme les Yatais, ce sont de belles œuvres d’art faîtes de bois, de soie et broderies (le seul problème qu’on pourrait leur trouver c’est qu’elles sont en partie faîte de fanons de baleines…). Ces ningyo-marionnettes sont notamment intégrés à certains chars Yatai comme celui du Hoteitai (dieu de la fortune) d’où on les actionne en tirant des cordes ou en poussant des tiges. Les karakuri du Hoteitai nécessitent 9 maîtres marionnettistes (appelés tsunakata) et 36 cordes pour mettre en mouvement les marionnettes et donner vie aux légendes japonaises (ou à de l’impro). 

takayamamatsuri12

Si vous ne pouvez venir à aucun des événements bisannuels, sachez qu’il existe un musée-hall d’exposition le « Yatai Kaikan » qui pourra vous informer sur le festival et où vous pourrez voir 4 des 11 chars (rotation des chars plusieurs fois dans l’année). Et au musée Matsuri no Mori Festival, vous trouverez des répliques tout à au long de l’année.

L’avis des Petits Papiers de Mélo

Si vous pouvez faire coïncider votre venue à Takayama avec la tenue du matsuri, vous vivrez sûrement une de vos plus belles visites (surtout que c’est gratuit).

Ce festival est magique surtout le Yoimatsuri. La nuit donne un toute autre ambiance fantastique à l’événement. C’est complet, car entre les parades, on peut assister à des représentations d’arts folkloriques (gagaku, shishimai, matsuri-bayashi..). La tradition jusqu’au bout! Vous ne pourrez que être conquis par le charme pittoresque de cette ville comme je l’ai été!

takayamamatsuri8

Pensez à regarder le programme car les lieux et horaires sont variables. Et surtout réservez vos hébergements à l’avance car le festival est pris d’assaut surtout si cela tombe un weekend! Autre recommandation évidente, on ne touche pas les chars, on leur cède la place, pour le festival nocturne on s’assoit si on peut et on ne double pas!

Les Petits Papiers pratiques

Transport :

> Depuis la station JR Nagoya > Hida Limited Express pour JR Takayama (140 minutes)

Mon hébergement : K’s House (chambre avec lit superposés et sdb privative : ¥3,8502)
https://kshouse.jp/takayama-e/index.html

Renseignements touristiques : http://www.hida.jp/french/index.html

Yatai Kaikan : situé au nord de la ville (20min à pied depuis la gare).
8h30-17h (mars-novembre) et 9-16h30 ( décembre-février).
900 yen.

Matsuri no Mori festival museum : 15min en bus depuis la gare (Sarubobo bus, 210yen)
9h-17h
1000 yens

 

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s