Miyazaki, terre de légendes

Yokoso (ようこそ) Miyazaki! Et non je ne vais pas vous parler de films d’animation, mais de superbes paysages qui en mettent plein la vue. En effet, Miyazaki n’est pas seulement le nom d’un réalisateur qui aura marqué son empreinte! C’est aussi une jolie préfecture coincée entre celles de Kagoshima et Ōita.

Située au sud-est de Kyûshû, Miyazaki est connue pour les gorges de Takachiho (高 千 穂 峡), ses spots de surfs, mais il y a d’autres merveilles! De mon côté, attirée par l’eau, je suis restée le long de la côte pour découvrir deux sites majeurs de la préfecture : Aoshima (青島) & Udo Jingu (鵜戸神宮).

Umisachi-Yamasachi va bon train

Pour se rendre auprès de ces merveilles, on peut opter pour la location de voiture, le bus ou le train. N’ayant pas l’habitude de conduire au Japon, je décide de partager le trajet entre le bus et le train. Pour l’aller, ce sera le Limited Express Umisachi-Yamasachi qui opère entre Miyazaki (宮崎) et Nango (南郷). Il s’agit d’un train touristique qui a l’avantage d’être couvert par le JR pass, très pratique! Un bon moyen pour explorer la côte Nichinan et ses attraits.

gare

Les wagons composant le train tiennent chacun leurs noms de deux frères de la mythologie japonaise :  Yamasachihiko (山幸彦) & Umisachihiko (海幸彦). Le premier était un chasseur renommé (Yama = montagne) et le second un pêcheur illustre (Umi = mer) grâce aux outils magiques transmis par leur père. Père qui d’ailleurs est le petit-fils de la déesse du soleil Amaterasu, envoyé sur terre pour pacifier et gouverner le Japon.

Un jour Umisachi (Hoderi) suggéra à son frère d’échanger leurs outils pour voir s’ils réussiraient dans un autre domaine. Mais sans succès, et au cours de cet épisode, Yamasachi (Hoori) perdit l’hameçon magique de son frère rendant ce dernier furieux. Une dispute éclata, incitant Yamasachi à descendre au fond de la mer à la recherche de l’hameçon perdu… Je vous laisse découvrir la suite lors de votre voyage, mais sachez qu’Umisachi est important pour les japonais car il est considéré comme le grand-père et ancêtre de Jimmu Tenno (le mythique premier Empereur).

Le personnel de bord raconte la légende de « Umisachi-Yamasachi ». Dommage que cela soit en japonais! Mais grâce aux dessins qu’on nous présente, il est possible de comprendre un peu mieux l’histoire. En tout cas, le cadre est charmant car le train possède une décoration chaleureuse en bois local obisugi (cèdre). De temps en temps, on croise le personnel de bord venus vendre quelques boissons ou souvenirs.

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Le paysage défile d’autant plus joliment en écoutant le mythe. En plus, le train ralenti de temps en temps pour permettre aux passagers de mieux observer & prendre des photos de la côte Nichinan à la formation géologique si particulière ( et dont je reparlerais plus tard).

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Après le beau panorama sur la côte, le train s’arrête pendant 10 minutes en gare d’Obi (飫肥) pour permettre la descente à ceux souhaitant visiter le château de la ville (situé à 15min à pied). Obi est surnommé le Petit Kyoto de Kyushu, du fait de son architecture datant de l’époque Edo.

Mais pour moi qui me dirige vers Aburatsu, c’est surtout l’occasion de faire (gratuitement) une photo devant le train avec deux personnages folkloriques! Ils portent en fait le costume de danse « Obi Taihei-Odori » typique de la ville.

Udo-jingu, le sanctuaire sur la mer

Je n’irai malheureusement pas jusqu’au bout de la ligne de train. Je m’arrête à Aburatsu où je dois prendre la tangente pour rejoindre mon premier arrêt : Udo-Jingu. Rien de plus simple car l’arrêt de bus est situé à côté de la gare.

Le conducteur nous déposera 20 minutes plus tard sur un parking pas très loin du sanctuaire. Mais ce dernier sait se faire désirer, il faut d’abord gravir quelques marches, traverser un tunnel creusé dans la colline, passer quelques commerces et j’arrive enfin au bord de la mer. Et là, le sanctuaire shintō se révèle. L’approche est magnifique tel un balcon avec vue sur l’eau turquoise, le rouge vermillon prédominant, la végétation subtropicale luxuriante, les lanternes en pierre bordant le chemin… Une palette de milles couleurs.

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Le sanctuaire est constitué de plusieurs bâtiments, mais ce n’est qu’après une belle descente de marches que j’atteins le cœur sacré : le honden (hall principal) logé dans une grotte. Et cela restera une de mes plus belles images : un temple niché dans une cave creusé dans une falaise!

J’adore car habituellement je dois plutôt monter des marches pour accéder aux sanctuaires, le fait de devoir descendre pour rejoindre le honden est assez particulier! Après renseignements, cela s’appelle le style kudari-miya (le hall principal est situé plus bas que le torii). Udo-jingu est d’ailleurs l’un des trois plus grands sanctuaires kudari-miya du Japon avec Ichinomiya Nukisaki-jinja (Gunma) et Kusakabe Yoshimi (Kumamoto).

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Selon la légende, c’est en ces lieux que serait né Ugayafukiaezu no Mikoto, le père de l’empereur Jimmu. Les rochers ochichi iwa de la grotte auraient prétendument nourris le jeune enfant et représenteraient les seins de sa mère (qui l’abandonna en retournant dans la mer dont elle est la déesse).

La forme de ces rochers et l’eau sacrée qui en coulerait (comparée à du lait maternel) attirent les femmes venues prier pour une meilleure fertilité, une heureuse grossesse/naissance, ou tout simplement pour un mariage heureux. Et pour ceux qui voudraient emporter cette bénédiction chez eux, le temple vend des bonbons mizuame fait à partir de l’eau de la grotte.

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Les plus croyants (ou les joueurs) pourront acheter un lot de petites billes d’argile appelées Undama 運玉 (5 pour 100yen), qu’il faut lancer en contrebas sur un rocher entouré d’une corde sacrée. Mais attention, les messieurs doivent lancer de la main gauche, les dames de la main opposée, et n’oubliez pas de faire un vœu avant!

Le lieu est plus particulièrement dédié aux mariages et à la fertilité, donc ceux qui réussiront à placer leur bille (gravée du symbole de la chance 運au bon endroit pourraient voir leurs faveurs se produire.

De mon côté je n’ai pas tenté ma chance, à la place j’ai écouté le ressac des vagues, le bruit de l’eau frappant les rochers. C’est apaisant et malgré les visiteurs, je me sens seule au monde!  J’en profite pour faire marcher mon imagination car la mer a créé de belles formes de rochers, comme le kameishi en forme de carapace de tortue où on lance les undama.

Au sein du sanctuaire, on trouve aussi de mignons emas en forme de lapin. Serait-ce parce que le lapin est connu pour sa fertilité, celle qui est précisément désirée en ces lieux? D’ailleurs, qui sait si une statue de lapin ne se trouve pas non plus dans la grotte? En effet, pas de monstre marin caché dans la cavité, mais nage-usagi la sculpture du plus kawai des animaux qui aurait le pouvoir de guérir nos maux ou réaliser nos voeux en fonction de l’endroit où nous posons notre main.

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Il était une fois, Aoshima

Après ce sublime endroit, je reprends le bus pour la dernière étape de la journée. Il m’amène 25 km plus au nord vers l’île d’Aoshima (青島). A ne surtout pas confondre avec l’île du même nom connue pour ses chats (Préfecture de Ehime)! Ao signifie cyan (bleu) et « shima » l’île. Le bleu serait-il celui de la mer de Hyuga (Hyuganada)? En tout cas, c’est surtout très vert!

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Les voitures ne peuvent pas pénétrer sur l’île, et les tuc-tuc que l’on peut croiser ne pourront rien y faire! La seule solution est donc d’y aller à pied! Comme l’atoll fait seulement 1,5 km de circonférence, on a vite fait le tour.

Il est relié à la terre ferme par le pont yayoi sur lequel on commence à approcher de plus près les étranges formations rocheuses typiques de Aoshima.

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La belle surprise de cette île est le sanctuaire shinto datant du IXe siècle caché au sein d’une mini-jungle où le calme règne! Le sanctuaire n’est pas grand, mais il a cette particularité unique d’être dans un cadre exceptionnel à la flore subtropicale. On se croirait sous les tropiques au sein d’une forêt de palmiers.

Aoshima était à l’origine une terre sacrée où l’on ne pouvait pénétrer sans permission. Seuls quelques officiels et prêtres shinto pouvaient entrer. La seule occasion pour le commun des mortels d’y accéder était pendant un festival qui avait lieu chaque année. Heureusement pour nous, depuis 1737 les règles se sont assouplis permettant à tous de pénétrer sur cette terre sanctuarisée. Les déités consacrées sont Hikohohodemi no mikoto (aussi connu comme Yamasachihiko/Hoori, de la légende de Umisachi & Yamasachi), Toyatama-Hime (Otohime, sa femme, princesse et fille du dieu de la mer) et Shiotsuchi-no-Okina (ou Oji, dieu de la mer) : respectivement les dieux de l’amour, de la fertilité, des marins/sécurité routière.

Hyûgashinwa-kan (600yens), un musée situé dans le sanctuaire permet d’aborder cette mythologie japonaise au travers de reconstitutions avec des poupées de cires. Ce diorama retranscrit cette légende Umisachi-Yamasachi dont on retrouve la trace dans le Kojiki (chroniques les plus anciennes du Japon) et sa relation avec Aoshima.

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Et comme il faut savoir s’éloigner, je passe sous l’arche d’ema (emakake 絵馬掛け,) et suis le chemin menant à un petit sanctuaire secondaire. Pour un court moment on se croirait dans un écrin de verdure, dans une jungle, tel un mini-explorateur qui atteint ensuite le coeur sacré de l’île où Yamasachi aurait installé son palais après être revenu sur terre.

Derrière le bâtiment secondaire, vous trouverez un amoncellement de disques en argile. On peut acheter ces disques dans le but d’obtenir de la chance. En effet en lançant correctement le disque, sans le casser, on peut voir son souhait exaucer. Un peu à côté, un autre amoncellement mais de coquillages celui-ci. Les visiteurs les ramassent autour de l’île et les déposent ensuite en ce lieu comme offrandes. Il faut savoir que le sanctuaire attirent beaucoup les amoureux ou ceux à la recherche d’un(e) partenaire car il leur apporterait chance et bonheur en amour (perso j’y suis plus allée pour le cadre que pour cette coutume).

Une fois sortie de la jungle, on peut observer des formations rocheuses telles des lignes, des tables appelées Oni no sentakuita (鬼の洗濯板 : les planches à laver du diable) qu’on retrouve le long de la côte Nichinan et plus particulièrement entre Aoshima et Kinchaku-jima.

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Ces socles rocheux sont dus à un phénomène géologique naturel. Il y a plus de 7 millions d’années, le fond de l’océan a été balayé, lavé et érodé pendant une si longue période par les vagues que seul subsistent les couches du lit de grès dur. Cela a créé ces roches solides en forme de planches de lavoir qui se dévoilent à marée basse.

Comme c’est le trésor d’Aoshima (qui est d’ailleurs classée monument naturel), pensez à vérifier les horaires des marées pour pouvoir mieux en profiter! Moi j’ai adoré marcher au milieu des pierres formant ces lignes droites partant de l’île jusqu’à la mer. C’est parfait pour faire des photos du fait des perspectives naturellement créées.

Un petit chemin fait le tour de l’île, on peut donc observer la côte sur toutes ses coutures. Avec le vent qui souffle dans les palmiers et les nuages noirs qui commencent à se former, on se croirait qu’un typhon approche. Malgré les vagues, j’aperçois de courageux surfeurs venus dompter la force du courant. Il manque un peu de soleil, mais la région doit être splendide par beau temps avec ses plages, ses palmiers…..

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Je ne repars pas à vélo mais en train depuis la gare de Aoshima située près de l’île. En 30 min, je suis de retour à la ville de Miyazaki avec des images plein la tête!

L’avis des Petits Papiers de Mélo

Cet itinéraire est parfait car il alterne divers moyens de transports (train, bus) et divers paysages (intérieur des terres, côte). Pour autant si jamais je reviens un jour dans cette jolie préfecture, je louerai sûrement une voiture pour mieux en profiter, s’arrêter en fonction de mes envies et ne pas dépendre des horaires des transports publics.

Malgré un temps plutôt maussade, les sites visités ne manquent pas de charme comme une juste combinaison entre architecture et nature. J’ai découvert une terre de légende, abordé un peu son histoire et surtout j’en ai pris plein les yeux du fait de ces paysages uniques! Un vrai coup de coeur!

Les Petits Papiers pratiques

Petit conseil : s’arrêter à l’office de tourisme situé à côté de la gare de Miyazaki pour récupérer les horaires de train/bus.

Train Limited Express Umisachi-Yamasachi : https://www.jrkyushu.co.jp/english/train/umisachiyamasachi.html

Aoshima : gare JR Nichinan Line, 30 min depuis la gare de Miyazaki.
L’île est située à 10min à pied de la gare

Udo-jingu : 40km en voiture et 53min de trajet depuis la ville de Miyazaki.
Bus depuis la gare de Miyazaki, 90min 1480yen (il s’arrête également à Aoshima).
La gare la plus proche du sanctuaire est Aburatsu, il faut ensuite prendre un bus Miyazaki Kotsu (580 yen) pour s’approcher d’Udo-jingu.

http://www.udojingu.com/

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