Kumano Kodo-Nachi, chute, chute devant!

Après les embruns marins de Kii-Katsuura, je vous emmène cette fois-ci prendre un bain de nature et d’air frais sur le Kumano Kodo. La route de Kumano ou Kumano Kodo (熊 野 古道) est un chemin de pèlerinage ancestral de plus de 1000 ans d’existence qui traverse les montagnes de la péninsule la plus grande du Japon : Kii Hantō.

Kumano Kodo, qui es-tu?

Il existe de nombreux autres pèlerinages au Japon (88 temples de Shikoku, 33 temples de Bando Kannon…) mais Kumano Kodo est marquant. Certains y vont à la recherche de spiritualité. D’autres veulent parcourir un trek magnifique qui s’étend sur les trois préfectures de Mie, Nara et Wakayama. En tout cas, Kumano Kodo traverse de nombreux temples et sites sacrés qui méritent le détour.

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Ce pèlerinage est pratiquement aussi connu que le chemin de Compostelle avec qui il est jumelé depuis 1998. Ils ont d’ailleurs ensemble un programme de certificat de « double pèlerinage ». Comme son cousin européen, le Kumano Kodo est classé au Patrimoine Mondial de l’Unesco sous le titre des « sites sacrés et chemins de pèlerinage dans les monts Kii » qui incluent aussi Yoshino-Omine Okugakemichi (Nara) et Koya-san Choishimichi.

Mais Kumano Kodo n’est pas qu’un chemin unique, c’est en fait un vaste réseau constitué de plusieurs routes qui permettent de relier les trois sanctuaires shintoïstes qui collectivement forment le Kumano Sanzan (熊 野 三 山). Ces sanctuaires sont : Hayatama Taisha (熊 野 玉 大 社) à Shingu, Hongu Taisha (熊 野 本 宮 大 社) à Hongu et Nachi Taisha (熊 野 那 智 大 社) à Nachi. Visiter les 3 sanctuaires est le but ultime du pèlerinage car cela permettrait d’atteindre le salut et la résurrection de l’âme.

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Marcher sur le Kumano Kodo, c’est un peu remonter aux sources de la tradition spirituelle du Japon. En effet, selon d’anciens textes, c’est ici que résident les divinités qui existeraient dans chaque recoin de cet environnement : dans les arbres, dans les rivières… Un vrai culte de la nature faisant de cette péninsule de Kii une terre sacrée qui a permis de préserver ces paysages. Pour les pèlerins, c’est un peu partir à la recherche du paradis terrestre. Gravir les chemins permettrait de se tester mentalement ou physiquement et d’être en harmonie avec la nature pour mieux recevoir la force de celle-ci. Sinon, pour le côté moins poétique, cette péninsule serait aussi l’endroit où les esprits des morts se rassemblent (en japonais « Komoru », mot dont Kumano serait un dérivé). Du fait de la présence de ces âmes, les gens étaient convaincus que cet endroit communiquait avec la Terre Pure (paradis bouddhique) auquel on pourrait accéder en faisant de bonnes actions.

La région était donc déjà connue dans les temps anciens comme une terre sacrée. Au VIème siècle, on y pratiquait l’ascétisme pour se purifier le corps et l’esprit dans les eaux froides. Mais c’est à partir du XIème siècle que les empereurs et la cour impériale ont commencé à parcourir les montagnes menant au « paradis terrestre » pour s’attirer la faveur des dieux. En effet, à la fin de la période Heian le Japon connaissait une certaine instabilité sociale. On pensait en outre que cette époque marquait le début du Mappō (fin du dharma/bouddhisme), une ère où les pouvoirs de bouddha déclineraient entraînant des tourments pour la société. Il fallait donc invoquer l’aide des déités de Kumano!

Puis le pèlerinage s’est progressivement ouvert au commun de la société. A l’époque, le pèlerinage commençait traditionnellement au sanctuaire Jonan-gu à Kyoto et il fallait 30 à 40 jours depuis Kyoto pour relier la région éloignée du Kumano Sanzan où confier son bonheur futur aux dieux. Kumano Kodo devint tellement populaire au point de former des files de fidèles qu’on en vient à l’appeler la « marche/procession des fourmis ». Le pèlerinage était assez moderne pour son époque car il était ouvert à toutes les couches de la société quel que soit leur rang (empereur, samouraïs, simple paysan), sans distinction de sexe (merci pour les femmes) ou de handicap.

Aujourd’hui, certains chemins sont parfois difficiles car dans une zone montagnarde isolée avec des cols à gravir. Mais la plupart sont bien conservés, une occasion en or de s’imprégner de l’atmosphère séculaire des lieux! Je n’ai pourtant fait qu’une toute petite partie de ces chemins séculaires, un tronçon relativement court et facile afin de ne pas passer des jours et des jours sur la route. Un bon moyen pour appréhender un peu ces lieux qui sont représentés sur les Gotochi card de la préfecture. 

Les figures emblématiques du Kumano

Il est un animal que l’on croise sur le Kumano Kodo : le corbeau. Oui, mais LE mythique corbeau à trois pattes. Et non c’est pas juste pour marcher et avancer plus vite sur le chemin! Dans la mythologie shintō, ce corbeau sacré nommé Yatagarasu (八咫烏) est messager des dieux et symbolise l’aide ou l’intervention divine. Selon la légende, Yatagarasu aurait montré le chemin à Jinmu, l’empereur fondateur du Japon, égaré alors qu’il se dirigeait vers Kumano. Maître (kami) corbeau est donc reconnu pour son orientation, l’utiliser comme emblème éviterait-il aux pèlerins de se perdre?

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Yatagarasu guidant l’empereur Jinmu @D.R

Dans le sanctuaire Nachi Taisha, on trouve d’ailleurs une pierre corbeau (Karasu-Ishi) qui fait référence à la légende de ce corbeau à trois pattes changer ici en pierre. Et dans l’ensemble des sanctuaires Kumani-Sanzan, des amulettes en papier et des emas sont vendus à l’effigie de Yatagarasu.

On dit aussi que les 3 pattes représentent les 3 clans Kumano (Ui, Suzuku et Enomoto). Et pour le sanctuaire Hongu Taisha, les pattes sont le chi (sagesse) – jin (bienveillance) – yuu (valeur), ou ten (ciel) – chi (terre) – jin (humanité).

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Vous l’aurez remarqué dame corbeau est habillée de façon particulière. Il est en fait possible de louer des costumes de pèlerin de la période Heian avant de gravir le chemin. Mais je n’ai pas eu la chance de croiser des gens portant cette tenue traditionnelle associée au pèlerinage. Selon la légende, les membres du clan Heike (平家) vaincus par le clan Genji (源氏) se réfugièrent dans la région de Kumano et commencèrent à fabriquer des chapeaux coniques à base de cyprès pour gagner leur vie. Depuis, leur chapeau est porté quel que soit le statut social de la personne. Le couvre-chef s’appelait à la base Kisen-gasa (kisen signifiant haut et bas, comme pour affranchir le statut social), mais aujourd’hui il porte le nom de « Minachi-gasa » (皆地傘) car il est produit dans le district de Minachi (Hongu).

Daimonzaka, ca marche!

Je suis loin d’être spirituelle mais j’aime les endroits retirés, la nature et les jolis bâtiments. Un joli combiné qu’on retrouve dans la péninsule de Kii. Venant d’Ise, j’ai choisi la préfecture de Wakayama comme porte d’entrée. Et en tant que voyageuse solo, j’ai choisi de parcourir une partie de la piste Nakahechi : Daimonzaka. Elle est parfaite pour faire l’expérience du Kumano Kodo à ceux qui n’auraient pas le temps ou l’énergie nécessaire à des treks plus longs (et puis je suis trop trouillarde pour marcher longtemps seule avec mon sens de l’orientation pitoyable).

Heureusement depuis Kii-Katsuura situé sur la côte, un bus fait un arrêt pour déposer les randonneurs au pied du chemin. Ici commence un long escalier sous le couvert de la forêt : Daimonzaka (大門 坂, littéralement « grand portail d’ascension »)  qui fait référence à une porte aujourd’hui disparue qui était érigée tout près jadis. A l’époque Heian, ce chemin était un des plus connus de la route de pèlerinage du Kumano-sanzan, car de nombreux pèlerins venant de la capitale Kyoto l’utilisaient. Le portail Dai-mon servait alors de passage stratégique en faisant payer une taxe pour l’emprunter. Avant tout, il faut traverser le Furikase-bashi. Ce pont vermillon marque l’entrée du site sacré, séparant le monde des profanes du monde sacré.

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Juste après le torii, près d’une lanterne en papier, vous verrez sur votre gauche une petite boutique, Daimonzaka-chaya (qui doit aussi servir du thé vu son nom), dont l’activité principale est la location des costumes Heian dont je vous ai parlé précédemment (2,000 JPY pour 1 heure).

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Enfin commence la longue ascension. Le parcours est facile à suivre, pas de risque de se perdre! Des marches, toujours des marches (267 au total) mènant à la base du sanctuaire Kumano Nachi Taisha. Mais ces envolées de marches ne sont pas lassantes, au contraire. La nature spectaculaire, le léger vent dans les arbres et le calme ambiant me laisse détendue. La végétation est dense et sous le couvert des immenses cèdres japonais (cryptomeria) et des camphriers, je me sens bien petite. Sur le chemin, je passe sous les Meoto Sugi (cèdres mariés) qui ont plus de 800 ans. Leurs racines sont entremêlées et selon la légende locale, les couples qui se marieraient dessous verraient leurs amours durer aussi longtemps que ces arbres resteront ensemble.

L’impressionnant escalier en pierre, parfois couvert de mousse, marque aussi les esprits car il est soulevé par les racines des arbres témoins de l’époque. Il est parfois inégal, usuré par les pas des nombreux pèlerins m’ayant précédé. Il faut dire que la péninsule de Kii se trouve dans une des régions du Japon à forte pluviométrie. C’est pour cette raison que des sentiers y ont été pavés de pierres en de nombreux points.  Cela permet de protéger le chemin de la pluie, des mauvaises herbes qui pourraient détruire les routes mais aussi de faciliter la marche avec une inclinaison moindre.

L’épreuve m’a parue moins difficile que prévue, car je me suis permis des haltes fréquentes. Moins pour récupérer (mes 6 étages sans ascenseur quotidien aidant) que pour profiter de cet environnement zen et de la vue plongeante sur le trajet déjà arpenté!

Cela prend environ 30-40 minutes pour arriver au sanctuaire Kumano-nachi-taisha. Dommage que le parcours ne sont pas un peu plus long, je venais juste de me mettre en jambes. Il ne fait que 1km (600 mètres de long pour l’escalier), mais c’est toutefois l’occasion d’une jolie petite randonnée dans une végétation luxuriante.

Kumano Nachi Taisha

Après le vert de la forêt, je retrouve enfin le rouge vermillon si cher à me coeur. Me voilà arrivée au sanctuaire de Nachi! Enfin pas tout à fait car après l’escalier Daimonzaka, il reste encore quelques escaliers plus modernes à gravir au milieu des boutiques de souvenirs pour une ultime montée.

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Arrivé devant le torii surplombant les escaliers et marquant l’entrée du sanctuaire, je me félicite! J’ai un splendide panorama sur les montagnes de Kii d’un côté et de l’autre côté, les jolis bâtiments rouge du sanctuaire. Il doit son origine aux pratiques ascétiques de vénération de la nature qui se déroulaient à la chute d’eau avoisinante. En effet à l’origine, le sanctuaire était localisé à la base de la cascade mais a été déplacé à son emplacement actuel au IV siècle. Aujourd’hui, il y a 6 bâtiments qui abritent différents kamis (divinités) dont Fusumi-no-Kami (accomplisseur de vœu). Son honjibutsu, l’équivalent bouddhiste, est senju kannon (kannon aux mille bras).

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L’arbre majestueux qui se dresse sur l’esplanade est un camphrier sacré (kusunoki) de plus de 800 ans décoré par des shide. Ces papiers en forme d’éclairs délimitent les endroits où reposeraient les divinités. Il est possible d’entrer dans le tronc creux de l’arbre où l’on trouve un petit autel à offrande dédié au kami qui y habite. Entrer dans l’arbre permettrait aussi de revitaliser les esprits et les corps misent à mal par le périple, le camphrier étant symbole de résilience et de renouvellement éternel.

Dans le sanctuaire Nachi Taisha, on retrouve également le symbole de Yatagasaru dans une pierre (Karasu-Ishi) qui fait référence à la légende de ce corbeau à trois pattes changer ici en pierre.

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Kumano Nachi Taisha en plus d’être un joli sanctuaire est le parfait exemple de syncrétisme religieux (combinaison de doctrines initialement incompatibles). Il mélange une coexistence pacifique entre shintoïsme et bouddhisme que l’on retrouve dans le Shinbutsu-Shūgō. Et cela même si le shintoïsme est la religion première et que le bouddhisme est arrivé ensuite de Chine via la Corée au VIe siècle.

Les sanctuaires&temples fonctionnaient comme une seule institution religieuse (appelée jingu-ji – «sanctuaire-temple») jusqu’à la restauration Meiji (1868-1912) qui ordonna la séparation des religions (shinbutsu bunri 神仏分離). Mais du fait de son histoire spirituelle, les temples bouddhistes ont perduré dans la région de Kumano malgré les interdictions. Ainsi à Nachi, un sanctuaire shintō et un monastère bouddhiste se partage l’espace des terrasses supérieures.

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A côté du grand sanctuaire shinto, se trouve donc la partie bouddhiste du complexe avec le temple Seiganto-ji (青 岸 渡 寺) fondé au Vème siècle (école Tendai). C’est le premier des temples du saikoku 33 kannon, ici démarre le pèlerinage menant aux 33 statues de Kannon, déesse de la compassion/miséricorde. La légende voudrait qu’au IVe siècle un moine bouddhiste indien (Ragyō Shōnin) aurait eu une révélation de Kannon en effectuant des pratiques ascétiques Shugyō sous la cascade de Nachi. Il décida alors de construire un ermitage dédié à la déesse à ce endroit. 

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Le bâtiment actuel en bois brut n’est pas d’époque, il a été reconstruit en 1590 par Toyotomi Hideyoshi après que le temple précédent eu été détruit lors de la guerre d’unification du japon par Oda Nobunaga. Le Nyorindō, hall principal, conserve une statue de Kannon de 4 mètres de haut qui contiendrait en son cœur une plus petite statue en or découverte par un homme saint nommé Shōbutsu Shōnin alors qu’il réalisait des pratiques ascétiques sous la cascade avoisinante. Aujourd’hui, on peut observer l’autel bouddhiste, des objets rituels, une salle du trésor (Ryūhōden), le clocher et le brûleur à encens censé éloigner les esprits du mal et guérir des maladies.

Mais je ne reste pas bien longtemps, au delà des temples je suis attirée par le panorama sur les montagnes de la péninsule de Kii d’un côté et surtout de l’autre côté sur la vue spectaculaire de la pagode avec en arrière fond la cascade. Une vraie vue de carte postale de toute beauté.

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Il faut dire que malgré sa construction récente (1972) la pagode rouge avec ses 3 étages est une image populaire et pittoresque du Kumano Kodo. Elle habille ce splendide panorama constitué de forêt vierge. Dommage qu’il faille payer 1500¥ pour accéder à l’intérieur de la pagode. Personnellement je n’ai pas testé car selon les dires cela ne vaut pas le coup. L’objet de culte de la pagode est une image de bouddha (hibutsu) qui est habituellement cachée et rarement exposée. Alors je profite de la vue qui elle n’a pas de prix!

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Après avoir pris le panorama sous tous les angles, je descends le chemin menant à la chute d’eau. Une fois le torii en pierre passé et quelques marches plus loin, je peux enfin observer de plus près la cascade la plus grande du Japon avec ses 133 mètres de haut : Nachi no-taki (那 智 の 滝). Elle serait tellement grande qu’on pourrait la voir depuis l’océan. Je n’ai pas pu vérifier cela personnellement, mais elle est tout de même impressionnante.

Entourée par la forêt primaire, la cascade est partie intégrante et même le cœur du sanctuaire. Depuis les temps anciens, elle fait l’objet d’un culte de la nature ainsi que l’objet de pratiques ascétique shugendo. C’est ici au pied de la cascade consacrée à une divinité shintoïste (Hiryū Gongen) que débuta le culte à l’origine du sanctuaire croisé précédemment. En effet cette cascade est sacrée, d’où la présence d’une corde avec des shide (papiers en forme de zigzag) au sommet de cette dernière qui indique la présence du kami. La forêt environnante est également protégée comme trésor national.

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Le temple d’origine était situé au pied la cascade pour mieux vénérer celle-ci. Aujourd’hui, il reste un petit sanctuaire nommé Hirō ou Hiryū (飛 瀧 神社). Il n’y a pas de Honden (sanctuaire principal) car le trésor et l’objet du culte c’est la cascade elle-même. Selon la légende, la déité de la cascade est chargée de nos vies antérieures. Regarder cette chute, sera l’endroit parfait pour apercevoir nos précédentes incarnations. Mais il faudrait que je pense à mettre des lunettes, j’ai rien aperçu!

Pour 300¥ on peut accéder à une plate-forme permettant d’approcher la cascade de plus prêt. Mais même sans cela, on peut ressentir l’imposante cascade avec les gouttes d’eau qui volent au vent et qui seraient bénéfique pour une longue vie. J’en profite pour prendre mon temps et observer le fin filet d’eau coulant sur la roche.

Tous les 14 juillet, un matsuri (festival) annuel du feu se déroule au pied de la chute d’eau. Lors du Nachi-no-Hi Matsuri, des ogi-mikoshi (sanctuaires portatifs) de 6 mètres de haut représentant symboliquement la cascade & les 12 divinités du Kumano sont purifiés à partir de torches géantes en pin de 50kg enflammées et portées par des hommes vêtus de blanc. De quoi mettre l’ambiance ou allumer le feu! 

Les autres sanctuaires du Kumano

Depuis la gare de Shingū (15-20min en train depuis Kii-Katsuura), il faut à peine 20 minutes à pied pour se rendre au sanctuaire Hayatama Taisha (sanctuaire des eaux jaillissantes) dont le bâtiment est joliment coloré, situé sur les hauteurs de la rivière Kumano-gawa (qui se jette juste après dans l’océan). Il abrite un conifère sacré, Nagi-no-Ki, vieux de 800 ans et très important de par sa taille. Les lieux sont particulièrement impressionnants lors du Oto-Matsuri qui s’y déroule chaque 6 février! Lors de ce festival du feu, des hommes portent le long des marches des torches enflammées. 

Mais si vous préférez voir un site différent, en 20 minutes à pied depuis la gare de Shingū également, vous pouvez aussi vous rendre au sanctuaire Kamikura connu pour son rocher sacré Gotobiki-iwa (qui tient son nom Gotobiki de sa forme de crapaud). La légende raconte que les Dieux de Kumano descendirent des cieux sur cette énorme pierre du Mont Gongen, qui sert aujourd’hui d’objet de culte. Mais le sanctuaire se mérite car la montée au rocher est faîte de 538 marches en pierres escarpées et inégales, toute une aventure!

Vous pourrez aussi choisir de vous rendre au Hongū Taisha (熊野本宮大社) auquel mène la plupart des routes du Kumano Kodo. C’est le plus sacré des trois sanctuaires majeurs du Kumano Kodo, peut-être parce que c’est le sanctuaire principal des 3000 sanctuaires Kumano du Japon. Comme les deux autres, il vénère la déesse du soleil Amaterasu (fondatrice mythique de la lignée impériale). Ce sanctuaire shinto se démarque par son imposante structure en bois brut et son toit en bardeaux de cyprès. La déité principale consacrée est Izanagi-Okami qui a donné naissance au Japon et ses nombreuses îles. Prier ici apporterait bonne fortune et longue vie. Mais il n’est pas possible de visiter l’intérieur du bâtiment principal! Ce dernier fait plutôt solennel et austère par rapport aux pavillons vermillon de Shingu et Nachi. A l’origine, le sanctuaire était situé à Oyunohara, plus bas sur un banc de sable près de la rivière Kumano. Mais en 1889, une inondation le détruisit partiellement. Il fut alors reconstruit plus haut. Aujourd’hui ne reste à cet emplacement originel que deux petits sanctuaires en pierre gardés par le torii le plus grand du monde avec ses 33 mètres de haut. Impressionnant que cette porte Otorii en acier marquant le passage dans le monde sacré.

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Oyunohara © kekopi – Pixabay

Entre Hongū Taisha et Hayatama Taisha, la plupart des pèlerins descendait en bateau la rivière Kumano-gawa jusqu’à Shingū. Un pèlerinage navigable de 40km qui est le seul classé Unesco, unique au monde! La rivière Kumano prédominante dans la région est considéré comme sacrée et fait donc l’objet d’un culte de la nature. 

Tous les chemins mènent à Kumano

Kumano Kodo n’est pas un chemin unique, mais un vaste réseau de routes offrant plein de combinaisons de tronçons possible. Comme vous avez pu le lire plus haut, j’ai seulement fait une partie de l’itinéraire le plus connu et le plus populaire : Nakahechi (中辺路), aussi appelée « Route Impériale » qui traverse les montagnes vers Kumano Sanzan. Dès le Xe siècle, elle était empruntée par la famille impériale venue en pèlerinage. C’est en fait un embranchement de la route Kiiji en provenance de Kyoto qui longe la côte Ouest de la péninsule de Ki jusqu’à Tanabe. Depuis cette ville, elle bifurque avec la branche Nakahechi et l’Ohechi qui continue le long de la côte sud jusqu’au temple de Fudarakusan-ji. Cette dernière est une route scénique avec un joli panorama sur l’océan.

Parmi les autres chemins, on peut citer la Route d’Ise-ji (伊勢路, 170km) qui suit plusieurs chemins de montagnes et longe la côte Est emmenant les dévots à un site important de la préfecture de Mie : les sanctuaires d’Ise. Une route qui fut aussi pratiquée à partir du XVIIe siècle (période Edo) pour le pèlerinage Saikogu (dont le Seiganto-ji est la première étape). Contrairement à la Nakahechi qui était la route impériale, Ise-ji était plutôt la route du peuple.

« 7 fois à Ise, 3 fois à Kumano et chaque mois à Atago »
-Tokaidochuhizakurige
, texte populaire d’Edo.

La route Kohechi (小辺路, 70km) aussi appelée « Route de Kōyasan » relie quant à elle Kumano à un autre grand centre spirituel de la péninsule de Kii : Kōya-san (mont Koya) connu pour son cimetière Okuno-in et ses nombreux temples.

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La route Omine Okugake mènant à la zone spirituelle Yoshino-Omine est assez isolée et donc plutôt réservée aux randonneurs aguerris ou aux pratiques ascétiques. Le fondateur de l’école bouddhiste Shugendo (qui combine shintoïsme, bouddhisme ésotérique, taoïsme et coutumes populaires) aurait d’ailleurs utilisé cette route pendant la période Nara (710-794)  comme formation pour les praticiens de cette école : les Yamabushi (habillés tout en blanc), car pour eux la relation entre l’homme et la Nature est primordiale.

Sur tous ces chemins, vous croiserez sûrement un des 99 ōji qui marquaient les sentiers! Les Kujūkuōji (九十九王子) sont de petits autels shinto (dédiés aux divinités de Kumano)  qui font office de sanctuaires subsidiaires au Kumano Sanzan et qui protégeraient & guideraient les pèlerins. Un des plus connus est le Takijiri-ōji à Tanabe qui marque une des entrées du Kumano!

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Les routes du Kumano Kodo © https://www.shinguu.jp/fr/

Ces routes sont balisées mais mieux vaut se renseigner et récupérer des cartes avant si vous prévoyez de longues randonnées! Vous pouvez bien sûr faire un trek en itinérance  ou vous baser dans une ville et profiter des transports publics qui relient presque tous les sites majeurs. Mais même si vous ne faîtes pas tout le chemin, pensez à prendre des chaussures appropriées pour ne pas glisser car c’est humide, ainsi que des vêtements pratiques selon le climat. Pas besoin d’amener vos bâtons de marche, le long du chemin vous pouvez en emprunter en bois et les laisser plus loin dans des endroits dédiés. Et pour l’autre côté pratique, pour les randonneurs qui ne souhaitent pas s’encombrer de leurs lourds bagages, des services proposent de transporter les bagages jusqu’à votre point d’arrivée.

Kii-Katsuura, base opérationnelle

Comme moi, vous aurez le choix de faire soit un tronçon du parcours ou faire tout le trajet. Cela impliquera de se trouver une ville comme base opérationnelle pour papillonner autour ou faire le chemin en itinérance avec un nouvel hébergement chaque soir (pensez à vous organiser à l’avance pour réserver).

A la base je voulais réserver à Yunomine Onsen, un village aux sources chaudes perdu dans la montagne qui possède une atmosphère traditionnelle. Yunomine est connu pour sa rivière où l’on peut cuire naturellement des oeufs et surtout pour son petit cabanon dominant la rivière. Tsuboyu est probablement le plus ancien onsen du Japon réputé pour servir d’ablutions, pour ses effets curatoires et pour changer de couleur 7 fois par jour. C’est d’ailleurs le seul onsen enregistré comme Patrimoine Mondial de l’UNESCO dans lequel on peut se baigner (privatisé pendant 30 minutes)! De quoi terminer une journée de la meilleure manière.

Et comme le fait de tremper dans les sources chaudes est une cure apaisante pour le corps comme pour l’esprit, vous pourrez aussi tester Kawayu onsen (川湯温泉) ! L’endroit manque du charme traditionnel de Yunomine, mais il est situé dans une rivière formant un bain naturel. C’est l’occasion de se défaire de tous vos soucis et surtout de vos éventuelles douleurs de voyage. Mais il vous faudra mettre à la main à la patte avant! Ici, au printemps, vous pourrez creuser vous-même votre propre bain dans le lit rocailleux de la rivière Oto.

J’ai pourtant dû modifier mon hébergement pour pouvoir rentrer plus rapidement sur Kyoto. Faisant le voyage en solo et n’ayant pas énormément de temps, j’ai donc décidée de rester sur le village de Kii-Katsuura qui a l’avantage d’offrir de bons moyens de communications avec Nachi&Shingu et sur le réseau ferroviaire JR. Mais la cerise sur le gâteau c’est les onsens qui permettent de se délasser après une journée de marche. Le paradis!

 

L’avis de Mélo

J’ai adoré cette petite randonnée dans la nature loin des grandes villes! Même si je ne suis pas très spirituelle, j’ai apprécié le calme, le silence. J’en suis ressortie comme apaisée. Même si cette fois l’expression « hors des sentiers battus » n’est pas exact car les lieux ont été marqués des pas des milliers de pèlerins qui l’ont parcourus, on peut toutefois dire que pour l’instant c’est encore un peu en dehors des circuits touristiques! J’ai bien croisé au début de Daimonzaka un groupe de touristes chinois, mais ils sont vite repartis en bus dès le 1er virage.

Que vous soyez plus marcheurs que pèlerins, que vous marchiez ou prenez les transports en commun, pour une journée ou une semaine, je suis sûre que vous allez aimer la beauté de cette région spectaculaire et son charme discret. Un combiné de nature, de petits villages isolés avec des auberges traditionnelles, de rizières en terrasses, de routes pavées bordées de cèdres, de sanctuaires sacrés. De quoi profiter de la nature, se sentir un peu hors du temps et échapper à l’agitation de la ville.

Entre Nachi et Kii-Katsuura, je peux dire que la préfecture de Wakayama a été un de mes coups de coeur de voyage. Elle réunie de quoi me faire craquer : la mer & la montagne, un air vivifiant, des sources chaudes pour enlever sa fatigue. Bref une atmosphère unique. Dommage que Wakayama soit un peu long d’accès.

Les Petits Papiers Pratiques

Comment y aller?

Kii-Katsuura depuis Osaka : prendre le LTD. EXP KUROSHIO à la station Tennoji jusqu’à Kii-Tanabe (2h) ou Kii-Katsuura (4h).

Kii-Katsuura depuis Ise :
> Ise-shi  Kintetsu Ltd. Exp (13min)> Matsusaka   Ltd. Exp. (Wide View) Nanki (2h40)
>Ise-shi  JR Sangu Line (20min) > Taki Ltd. Exp. (Wide View) Nanki 1h30

Depuis la gare de Kii-Katsuura : il y a des consignes à bagages pour laisser ses affaires le temps d’une journée (600¥).

> Bus Kumano Kotsu pour Nachi (20min-400¥) : s’arrête à Daimonzaka, aux sanctuaires, à la cascade.
> Train pour Shingu (où partent également les bus pour Hongu)

Depuis la gare de Shingu :
> 15 min à pied pour Kumano Hayatama Taisha
> 30 min  à pied pour Kamikura-jinja
> bus pour Nachi (20min)
> bus pour Hongu-taisha mae (1h20)

Depuis la gare de Kii-tanabe (selon l’usage commun, c’est ici que débute la randonnée du Kumano Kodo)
> bus Ryujin pour arrêt Hongu-taisha mae (1h50)

Location de costumes Heian :

  • adresse : Nachisan 392-4, Nachi Katsuura
  • prix : 2000¥ pour 1 heure, 3000¥ pour 2 heures
  • horaires : 9-15h

Se renseigner :

>Tanabe City Kumano Tourisme Bureau : http://www.tb-kumano.jp/en/
La ville de Tanabe propose un service de réservation et de nombreuses cartes pour repérer votre futur itinéraire!

>Kumano Hongu Tourist Association : http://www.hongu.jp/en/

>Fédération du tourisme de Wakayama : https://fr.visitwakayama.jp/itineraries/kumano/

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2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Nachi no taki est tellement impressionnante !

    J'aime

    1. Les Petits Papiers de Mélo dit :

      Oui on se sent bien petit à côté!

      J'aime

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